Moana MAAMAATUAIAHUTAPU
Entre mer, transmission et engagement à la DRM
Sur la presqu’île, la mer n’a jamais été un simple décor ; elle a toujours été une présence, un terrain de jeu, d’apprentissage et de silences pour Moana. En 2025, lorsqu’il devient directeur du service dans lequel il a grandi professionnellement depuis vingt ans, ce n’est ni le hasard ni le destin qui sont à l’œuvre, mais une volonté affirmée de servir son Pays, une valeur que porte pleinement la DRM à travers son directeur.
La mer
Enfant, Moana y passe des heures, le filet encore trop grand pour ses bras, les pieds nus dans l’eau. Là où d’autres cherchent l’ailleurs, lui reste. Il observe, il attend. Chaque poisson ramené devient une fierté, un trésor modeste destiné à nourrir la famille.
À ses côtés, son grand‑père maternel, Éric MAAMAATUAIAHUTAPU. Capitaine de la marine marchande retraité, homme de la mer avant tout. Plus qu’un aïeul, il est un guide. Il montre sans longs discours. Avec lui, Moana apprend à pêcher, à planter le taro, à se nourrir. Il comprend alors que la terre et la mer parlent la même langue. Ce lien-là, noué très tôt, ne s’est jamais défait.
Plus tard, Moana cherche à comprendre autrement. Mettre des mots sur des sensations anciennes. À l’Université de la Polynésie française, la biologie marine devient une évidence. Les poissons, les équilibres du vivant, les relations invisibles qui façonnent le lagon. Les études l’éloignent, mais toujours avec l’idée du retour. Il fait le choix d’une spécialisation aquacole à la fin de ses études. Il termine major de sa promotion, comme il l’avait prédit à ses camarades de Caen.
Travailler pour elle, avec elle
De retour au fenua, il est lauréat du concours d’ingénieur de l’administration et intègre le service de la pêche, un défi majeur se présente : développer une aquaculture polynésienne fondée uniquement sur des espèces locales. Le choix est ambitieux, exigeant. Moana y adhère pleinement. De cet engagement naît le travail autour du Paraha peue, devenu bien plus qu’un projet technique : une promesse de production respectueuse, durable, ancrée dans le territoire.
Ils ne sont pas nombreux, mais ils y croient. Sur le terrain, tôt le matin, tard le soir. Observer, ajuster, recommencer. En moins de quatre ans, l’itinéraire technique est maîtrisé. Une réussite collective, qu’il raconte au pluriel. Pour lui, rien ne se construit seul. Derrière chaque bassin, il y a des mains, des regards, des idées partagés.
L’aquaculture, une autre manière d’habiter le lagon
Pour Moana MAAMAATUAIAHUTAPU, l’aquaculture n’est pas une rupture avec le lagon, mais une continuité. Une autre façon de cultiver ce qu’il a toujours observé et respecté. Très tôt convaincu que la Polynésie pouvait nourrir ses populations sans épuiser ses ressources, il s’engage dans le développement d’une aquaculture fondée sur les espèces locales, en étroite relation avec les écosystèmes lagonaires. Avec le Paraha peue, puis à travers la diversification des filières, l’enjeu est clair : produire autrement, en tenant compte des équilibres naturels, des usages du lagon et des réalités des professionnels. Ici, l’aquaculture ne s’oppose pas à la pêche ni au milieu ; elle complète, accompagne et prolonge une relation ancienne entre l’homme et la mer.
« Il faut replacer notre lagon au centre de nos vies. Il fait partie intégrante de notre chemin vers une souveraineté alimentaire. »
Un engagement, une fierté
Pour Moana, les responsabilités évolueront ensuite : diversification des filières, construction d’écloseries, pilotage de programmes, fonctions de direction. Le cadre change, pas le cap.
Aujourd’hui directeur de la Direction des ressources marines, Moana MAAMAATUAIAHUTAPU reste fidèle à ce qui l’a construit. Prendre soin. Transmettre. Protéger ce qui nourrit.
Et, malgré les années et les fonctions, il ne fait toujours que cela :
Écouter la mer, et tenter, chaque jour, d’en être digne.

