Les gardiens de l’océan

Portrait des professionnels de la pêche, de la perliculture et de l’aquaculture en Polynésie française


Au cœur du plus vaste espace maritime du monde — plus de 5,5 millions de km² de Zone Économique Exclusive —, des hommes et des femmes perpétuent chaque jour un savoir-faire unique, mêlant tradition et innovation, passion et rigueur. Pêcheurs, perliculteurs, aquaculteurs : ces professionnels polynésiens sont les véritables ambassadeurs d’une économie bleue vivante, durable et fière de ses racines.

La pêche hauturière : des capitaines au long cours


Aujourd’hui, une centaine de capitaines se partagent le marché et, en 2024, la filière hauturière a atteint un record historique avec près de 9 000 tonnes de poissons pêchées au fenua. Derrière ce chiffre, des équipages qui passent une à deux semaines en mer, affrontant les caprices du Pacifique Sud pour ramener à quai thon germon, thon obèse et yellowfin. Les pêcheurs parlent d’un « super mordage » depuis juillet 2025, avec entre 700 et 800 prises à chaque retour de campagne.

À la tête de cette filière, des armateurs engagés et investisseurs. Le groupe VINI VINI, avec sa flotte de palangriers hauturiers, constitue l’armateur le plus important de la Polynésie française, représentant 50 % de l’activité pêche hauturière. En décembre 2024, il inaugurait le navire TUAHEKE, construit en aluminium localement — un symbole fort de l’ancrage territorial de cette filière. La flotte, composée de navires de 13 à 25 mètres, opère exclusivement à l’intérieur de la ZEE polynésienne, garantissant une pêche de proximité, raisonnée et certifiée.

Depuis 2018, la pêche palangrière polynésienne est labellisée MSC Pêche Durable, une reconnaissance internationale de son caractère responsable. Pour structurer l’avenir, les professionnels se sont organisés : le Comité Interprofessionnel de la Pêche Hauturière a été officiellement installé le 13 mars 2025 au port de pêche de Papeete, sous la présidence de Vatea MOARII. Il constitue un cadre essentiel pour favoriser le dialogue entre professionnels du secteur, mareyeurs et exploitant du port de pêche.

Le secteur recrute et forme : pour ceux qui cherchent un emploi, le travail ne manque pas. L’objectif est d’atteindre au moins 12 000 tonnes dans les années à venir.

La perliculture : des artisans de la nacre, gardiens des atolls


La perliculture joue un rôle primordial dans la préservation du tissu social polynésien, en maintenant les emplois sur les atolls et en limitant l’exode vers l’île de Tahiti. En 2023, la surface totale exploitée s’élevait à 7 609 hectares, répartie sur 27 îles, les Tuamotu représentant 70 % des surfaces.

Ces producteurs, greffeurs, négociants et bijoutiers forment une chaîne humaine exceptionnelle autour de l’huître perlière (Pinctada margaritifera), convoitée depuis plusieurs siècles pour la beauté de sa nacre. Aujourd’hui, les perliculteurs maîtrisent chaque étape du cycle de production, de la collecte des naissains à la greffe, un geste chirurgical minutieux qui s’apprend pendant des années.

Les perles de culture de Tahiti se déclinent en une palette infinie de nuances — cerise, crème, plume de paon, verte, bleue, grise, blanche — mesurant entre 8 et 14 mm, certaines exceptionnelles dépassant 18 mm.

La filière fait face à des défis importants : entre les derniers trimestres 2023 et 2024, le volume exporté a diminué de 49 %, notamment en raison de contrôles fiscaux en Chine. Mais les professionnels ne baissent pas les bras. Des perliculteurs collaborent avec l’IFREMER et la Direction des Ressources Marines (DRM) sur des solutions innovantes d’écloserie pour sécuriser l’approvisionnement en naissains. Et les signaux encourageants se confirment : au premier trimestre 2025, les exportations de perles brutes ont augmenté de 47 % en valeur et doublé en volume par rapport au même trimestre 2024.

Le secteur recrute et forme : pour ceux qui cherchent un emploi, le travail ne manque pas. L’objectif est d’atteindre au moins 12 000 tonnes dans les années à venir.

L’aquaculture : des pionniers entre lagon et innovation


Moins médiatisée, l’aquaculture polynésienne n’en est pas moins le terrain d’aventuriers du vivant. Toutes les fermes polynésiennes sont écoresponsables : elles n’utilisent aucun produit chimique ni médicamenteux dans les élevages, depuis l’arrivée des juvéniles jusqu’à l’assiette du consommateur. Un modèle d’agriculture marine propre, qui fait la fierté de ses acteurs.

La Polynésie française possède des atouts certains : une espèce de crevette domestiquée, adaptée aux conditions locales, saine et protégée de l’importation de maladies. Une technologie maîtrisée. Un produit frais de qualité unique. La production actuelle est de 40 à 60 tonnes par an, quand la consommation locale dépasse 500 tonnes annuelles — un potentiel de développement considérable, que de jeunes entrepreneurs s’approprient.

Teavatea Wong, par exemple, a lancé en février 2024 un projet pilote d’élevage de crevettes en cages lagonaires à Hitia’a, visant à terme une production de 12 tonnes par an, après trois ans de travail et de formation auprès de la Direction des Ressources Marines.

Du côté des bénitiers, certains atolls des Tuamotu de l’Est présentent des abondances parmi les plus importantes au monde. La Polynésie française reste un des acteurs majeurs d’un marché mondial de niche d’environ 100 000 bénitiers par an (Tridacna maxima), exportés sous permis CITES — garantie d’une traçabilité irréprochable.

Une économie bleue à soutenir et à découvrir


Les professionnels polynésiens de la mer ne sont pas seulement des producteurs : ils sont les gardiens d’un patrimoine naturel et culturel irremplaçable. Leur travail, souvent invisible depuis les rivages du monde, nourrit des tables en Europe et au Japon, orne des cous à Paris et à New York, et préserve la vie sociale de dizaines d’atolls perdus dans le Pacifique. Ils méritent notre attention — et notre confiance.