La pêche de troca

La pêche de troca 2019-07-05T10:09:30+00:00

La pêche de troca

 

Pour la petite histoire ….

Le troca n’existait pas en Polynésie française avant 1957. Le Pays a introduit ce mollusque afin de pouvoir exploiter sa coquille comme substitut à la quasi disparition de la nacre issue de la plonge dans les lagons des Tuamotu.

En novembre 1957, 40 trocas en provenance du Vanuatu sont placés sur le récif Teaiatea près de la passe Vaionifa à Tautira (fenua aihere), Tahiti.

En 1958, un second lot de 40 trocas en provenance de Nouvelle-Calédonie cette fois-là, est introduit au même lieu. Tous les trocas actuels descendent de ces 80 spécimens d’origine.

Dès 1962, un texte réglementaire protégeait totalement le troca. A partir de 1963, le Service de la Pêche a procédé à des campagnes de dispersion de ce mollusque dans presque toute la Polynésie. Ainsi, en 1963, des jeunes trocas sont prélevés à Tautira et transférés dans d’autres sites de Tahiti, à Moorea et à Bora Bora.

Le troca est ensuite transféré dans le reste des îles Sous-le-Vent en 1964 et dans les Tuamotu, Australes et Gambier à partir de 1968. Il faudra attendre les années 90 pour leur introduction aux Marquises par un particulier.

L’exploitation du troca a débuté en 1971 avec les pêches organisées à Tahiti selon un cycle tournant, encadrée par un texte réglementaire datant de 1970.

Aujourd’hui, la pêche de troca est régie par la délibération n°88-184 du 8 décembre 1988 et son arrêté d’application n°6866 MME du 22 novembre 1989 qui en fixe les conditions de pêche et de commercialisation.

D’hier à aujourd’hui

 

 

De 1971 à l’an 2000, 154 campagnes de pêche ont été organisées par le Service de la Pêche et les comités de surveillance des communes concernées. Ces pêches ont fourni 2 210 tonnes de coquille.

On peut distinguer clairement 3 grandes périodes, correspondant chacune à une décennie :

  1. 1971 –1980 : la décennie Îles du Vent (IDV) – 70 opérations sont menées sur Tahiti et Moorea pour 1 148 tonnes de coquille
  2. 1981 – 1990 : la décennie Îles Sous-le-Vent (ISLV) – on assiste au déclin des pêcheries des IDV (13 opérations pour 184 tonnes), au développement des pêcheries des ISLV (48 opérations pour 370 tonnes) et à l’émergence de celles des Tuamotu (5 opérations pour 84 tonnes). La dernière pêche à Tahiti est effectuée en 1985.
  3. 1991 – 2000 : la décennie Tuamotu – les pêcheries des IDV et des ISLV ont disparu tandis que celles des Tuamotu décollent (18 opérations de pêche pour 424 tonnes).

Et enfin, entre 2006 et 2015, ce sont 8 campagnes de pêche qui ont été organisées aux Tuamotu et dans l’archipel de la Société. Ces pêches ont généré une recette de près de 580 millions CFP correspondant à 1 573 tonnes de coquille.

La qualité de la coquille varie avec les zones de production dans le monde. C’est le troca indonésien, appelé Macassar, qui est considéré comme le meilleur pour la qualité de sa nacre ; il sert de standard pour fixer le prix des autres qualités.

Campagne de pêche de troca

Le Troca (Tectus niloticus)

 

 

 

Morphologie et utilisation

Le troca est un coquillage de la famille des mollusques. Sa coquille peut atteindre jusqu’à 15 cm de diamètre. Elle est en forme de cône régulier chez les jeunes et la base s’évase en vieillissant. De couleur blanc cassé, elle présente des striures obliques rougeâtres et est garnie d’une épaisse couche de nacre à l’intérieur.

Le troca est pêché pour sa chair et sa coquille. Cette dernière est utilisée principalement pour la fabrication de boutons de nacre mais elle est également beaucoup utilisée en Polynésie française dans l’artisanat local (bijoux et décoration d’objets).

Habitats

Les trocas adultes se concentrent le long des crêtes récifales et les platiers ou sur les tombants des récifs jusqu’à environ 20 à 30 m de profondeur.

Alimentation

Les trocas se nourrissent d’algues et de très petits organismes vivants qu’ils broutent à la surface du corail et des rochers.

Troca de 8 cm

Troca juvénile (6 cm) dans son milieu naturel

Localisation

On trouve des trocas de l’océan indien oriental à l’océan Pacifique, jusqu’aux Îles Fidji à l’Est. En 1957, des trocas ont été introduits aux Îles Cook depuis les Îles Fidji et en Polynésie française depuis le Vanuatu.

Carte de répartition naturelle du troca

Reproduction et cycle biologique

Rappel

La pêche de troca est strictement interdite sauf dans le cadre d’une exploitation organisée par le comité de surveillance de la commune, car la période, le quota, les tailles ainsi que les modalités de commercialisation sont fixés préalablement par un arrêté en Conseil des Ministres (CM).

Ouverture de la pêche de troca

 

 

 

Attention

Toute infraction sera punie d’un emprisonnement de 2 à 6 mois et d’une amende de 150 000 Fcp à 300 000 Fcp par infraction commise, ou de l’une de ces deux peines seulement.

Qui fixe et autorise la pêche de troca ?

Le Ministère en charge des ressources marines par arrêté en Conseil des Ministres (CM) définit la période, le quota par commune, les tailles ainsi que les modalités de commercialisation des coquilles de trocas.

Le comité de surveillance

Création :

Le maire de chaque commune choisie pour l’ouverture d’une pêche de troca doit réunir le conseil municipal et prendre une délibération désignant les 4 à 5 personnes de la commune qui composeront le Comité de surveillance.

Composition :

  • le ministre en charge des ressources marines ou son représentant, président,
  • le maire ou son représentant, vice-président,
  • 2 conseillers municipaux,
  • le directeur des ressources marines ou son représentant,
  • le président de la chambre de la pêche ou son représentant,
  • 2 pêcheurs de la commune désignés par le conseil municipal,
  • le chef de la circonscription administrative concernée ou son représentant,
  • le délégué à l’environnement ou son représentant.

Son rôle :

Il est chargé de l’organisation et du bon déroulement des opérations de pêche et de vente des trocas. Il veille au respect par les pêcheurs, des dispositions réglementaires applicables à la pêche de troca et fixe :

  • les quotas de pêche fixés pour chaque pêcheur ou groupe de pêcheurs,
  • les zones lagonaires ouvertes à la pêche,
  • les zones de réserve où la pêche est interdite,
  • la période de pêche conformément à l’arrêté en CM,
  • les horaires de pêche (interdit de pêcher la nuit entre 18h et 6h).

Le comité est notamment chargé de constater que les quotas de pêche fixés sont atteints et de prononcer la fermeture de la pêche.

Il veille à la qualité des trocas présentés et saisit les trocas dont les dimensions sont inférieures ou supérieures aux tailles réglementaires.

Les trocas ne correspondant pas aux dimensions réglementaires seront ramenés sur les lieux de prélèvement.

Tous les trocas doivent être présentés bruts (vivants) pour contrôle et pesés par le comité de surveillance.

C’est pourquoi, même lorsque la pêche est «ouverte» officiellement, il faut laisser les juvéniles (jeunes individus) grandir et les plus anciens (matures et productifs en semences sexuelles) se reproduire.

Les trocas conformes aux tailles autorisées seront remis au Comité de surveillance qui comptabilisera au profit du pêcheur ou groupe de pêcheurs le poids de trocas pêchés.

Contrôle des quotas et qualités par la DRM

Important

Chaque pêcheur doit se faire inscrire au préalable au bureau du Comité pour pouvoir participer à la pêche.

Est interdite la pêche des trocas dont la taille est supérieure à 11 cm et inférieure à 8 cm.

Registre des pêcheurs

Toute personne intéressée pour participer à la pêche des trocas doit prendre les renseignements à sa mairie ou mairie-annexe de résidence pour vérifier si elle remplit bien les conditions (personne majeure, conditions physiques …) et peut être inscrite sur le registre des pêcheurs.

Dès la publication de chaque arrêté portant fixation des dates d’ouverture de la pêche et des quotas de pêche par lagon, la Direction des ressources marines  (DRM), après consultation du Comité de surveillance, publiera un communiqué dans la presse fixant notamment les dates, de début et de fin, de la pêche des trocas.

Trocas bruts et vivants

Trocas nettoyés

Nettoyage de la partie extérieure du troca

 

 

 

Techniques et matériels conseillés

  • Brosse à linge ou métallique
  • Couteau sans dent à embout arrondi
  • Prévoir des gants épais type «chantier» pour éviter de se blesser

Une fois les trocas nettoyés sur la partie extérieure, effectuer deux pesées :

La première pesée permet de contrôler le quota prélevé. Lors de cette pesée les coquillages sont vivants (coquille et chair).

Les coquilles sont bien vidées, nettoyées et séchées.

Nettoyage de la partie intérieure du troca

 

 

 

Récipients utilisés pour la cuisson du troca et faciliter le retrait de la chair.

Techniques et matériels conseillés

  • Cuves ou marmites (neuves ou n’ayant pas contenu de produits toxiques)
  • Tôles
  • Grillages
  • Le tire-bouchon pour extraire sans peine le pied de l’animal.

La deuxième pesée concerne la commercialisation des coquilles de trocas. C’est une étape très importante. Il faut s’assurer que les coquilles sont bien vidées de leur chair, nettoyées et séchées pour garantir la bonne marche et la qualité du travail demandé.

Les pêcheurs, aidés du comité et de l’acheteur, effectuent un premier tri par catégories des coquilles de trocas et les conditionnent dans des sacs fournis par l’acheteur pesant environ 50 Kg. C’est l’acheteur qui se charge du mode de conditionnement (sac de jute) et du transport (camion plateau) des coquilles.

Un second tri, de vérification et validation de la qualité et du poids des coquilles de trocas est effectué par l’acheteur en présence du comité, d’un agent de la DRM et des pêcheurs.

Fabrication artisanale de tire-bouchon.

Commercialisation et exportation

 

 

 

Commercialisation des trocas pêchés

Les modalités de commercialisation seront fixées par chaque Comité de surveillance.

  • Dans le cas d’une vente libre, le pêcheur devra déclarer au comité de surveillance le nom de l’acheteur et les quantités vendues.
  • Dans le cas d’une vente par voie d’appel d’offre, une attestation de provenance rédigée par le Comité de surveillance sera remise à l’attributaire du lot. Cette attestation précisera la date de pêche, la quantité de trocas achetés ainsi que le lagon de provenance.

Lors des ventes de trocas organisées par chaque Comité de surveillance, les acheteurs postulants, doivent justifier, auprès dudit comité, d’une garantie financière, au minimum égale au prix proposé pour le quota attribué par commune.

Cette garantie financière se matérialise soit par un cautionnement à consigner au Trésor public, soit par une caution obtenue d’un établissement de crédit ayant un établissement stable en Polynésie française.

Les transferts de troca ou de quota sont interdits d’une commune à une autre.

Pesée des sacs de trocas

Entreposage avant la vente

Respect des conditions de pêche et de commercialisation

Les acheteurs de trocas doivent effectuer une déclaration semestrielle des stocks de trocas qu’ils détiennent auprès de la DRM et justifier la provenance des trocas vendus. Ils sont tenus de présenter leurs stocks aux agents de la DRM lorsque ceux-ci effectuent un contrôle.

Tous les chargements de trocas qui débarqueront à Papeete en provenance des îles autres que Tahiti doivent faire l’objet d’une déclaration de cabotage dont un double sera envoyé à la DRM.

Tri des trocas par catégories A et B

Trocas commercialisables

Seuls les trocas dont le plus grand diamètre est compris entre 8 et 11 cm, peuvent être pêchés et commercialisés.
Les coquilles doivent être présentées à la vente vidées de leur chair et propre.

Les trocas de tailles non conformes seront saisis par les Comités de surveillance sans contrepartie et les pêcheurs incriminés seront sanctionnés.

Les pêcheurs des îles ouvertes à la pêche sont autorisés à détenir les coquilles de troca pendant la période définie par l’arrêté en CM et jusqu’à la date de vente des coquilles.

Les acheteurs des coquilles de troca désignés par les Comités de surveillance, sont autorisés à détenir les coquilles de troca achetées aux pêcheurs, jusqu’à une date déterminée à l’avance.

Un quota doit être établi par zones de pêche (lagon, commune, île). Le quota, c’est la quantité autorisée à être pêchée. Il concerne les coquilles de trocas après traitement : pêchés vivants, vidés de leur chair, nettoyés et séchés. C’est le produit fini et prêt à la commercialisation.

Le quota doit impérativement être respecté afin de préserver l’espèce et éviter l’appauvrissement de la ressource.

  • Les trocas de «bonne qualité» (pas de piqûres) et de «qualité moyenne» (quelques piqûres) seront proposés à la vente,
  • Les trocas de «mauvaise qualité» (beaucoup de piqûres) seront rejetés au moment du tri.

L’acheteur peut alors procéder au paiement des pêcheurs aidé d’un représentant du Comité de suivi de la commune et d’un agent de la DRM, à un prix convenu à l’avance.

Rappel des compétences de chaque partie

  • La DRM veille au respect de la réglementation «pêche» et «export» ainsi qu’au travail des Comités sur le terrain.
  • Le Comité veille à faire respecter les règles sur le terrain et aux bonnes expéditions.
  • Le Pêcheur suit les règles locales établies par les comités et ne peut pas vendre les produits de sa pêche à qui il veut.
  • Le Commerçant agréé veille à avoir des produits conformes auprès des pêcheurs et paie sa marchandise.

Valorisation de la coquille et de la chair

 

 

 

Valorisation de la coquille

Un troca de qualité a potentiellement une valeur supérieure. Ainsi, pour un travail identique, un pêcheur a intérêt à récolter des coquilles qui pourront être achetées plus chères, d’où l’intérêt aussi de les trier au moment de la pêche. Les pêches antérieures ont montré que dans la plupart des sites, la qualité des coquilles a tendance à décliner à partir de 11-12 cm.

Réalisation de boutons de nacre de troca à l’étranger

Valorisation de la chair

Par le passé, un gaspillage de chair a parfois été constaté en raison principalement d’une période de pêche trop courte. Or, en s’organisant bien ou à l’avance, il est possible de récupérer environ 10% de chair comestible par rapport au poids de coquille vide.

Outre l’opportunité pour les pêcheurs de consommer légalement cette chair délicieuse, certains peuvent en tirer quelques revenus en permettant ainsi aux consommateurs de les apprécier.