Les Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP) ancrés et dérivants

Les dispositifs de concentration de poissons (DCP) sont des structures flottantes qui attirent les poissons et permettent ainsi d’identifier les points de regroupement de leurs populations, ce qui facilite la pêche. Les DCP peuvent être ancrés ou dérivants et mis à l’eau par l’homme. S’il s’agit dans certains cas d’un formidable outil pour la pêche artisanale, ils peuvent également présenter un véritable danger pour le milieu marin et la survie des espèces. En Polynésie française, la pêche autour des DCP ancrés est soumise à un encadrement réglementaire bien défini, alors que les DCP dérivants sont issus de la pêche à la senne, une technique de pêche industrielle interdite sur l’ensemble des eaux polynésiennes.

Enjeux et impacts écologiques

Les DCP ancrés

Ces structures sont ancrées au fond marin de sorte qu’elles ne dérivent pas. Elles sont utilisées pour la pêche artisanale côtière dans de nombreux territoires insulaires des régions tropicales.

En Polynésie française, les DCP ancrés sont mis en place par la Direction des ressources marines (DRM) autour des îles polynésiennes, et implantés selon la réglementation en vigueur. À l’heure actuelle, on compte 82 DCP actifs : 35 dans l’archipel de la Société, 7 aux Australes, 12 aux Marquises et 28 aux Tuamotu.

Ils ont pour objectif d’aider les artisans pêcheurs tout en limitant au maximum l’impact écologique sur le milieu marin :

  • Ils facilitent la localisation des concentrations de poissons, ce qui diminue le temps de recherche des bancs de poissons et permet donc aux artisans pêcheurs de consommer moins de carburant.
  • Ils améliorent les rendements de pêche pour les espèces vivant en haute mer.
  • Ils maintiennent l’activité des pêcheurs locaux et créent des activités annexes tout en assurant une consommation régulière de poisson frais pour la population locale.
  • Ils permettent de limiter les risques de ciguatera, une intoxication alimentaire due à certains poissons vivant près des récifs coralliens.

Les DCP dérivants

Utilisés pour la pêche industrielle, les DCP dérivants sont exploités par les thoniers et autres grands navires de pêche. Ces DCP peuvent être couplés à des balises GPS et des sondes permettant de déterminer la quantité et même les espèces de poissons concentrés autour du dispositif. Dans l’océan Pacifique Ouest et Central, on estime qu’entre 44 000 et 65 000 DCP dérivants sont déployés annuellement. Parmi eux, chaque année, entre 30 000 et 42 000 DCP coulent et entre 9 000 et 13 000 DCP échouent sur les récifs (92 %), les plages ou les mangroves, entrainant des dégâts majeurs sur ces écosystèmes, et la faune et la flore qui y sont inféodés.

Bien que la pêche à la senne soit interdite en Polynésie française, les DCP dérivants affluent sur le territoire, en provenance des zones de pêche voisines qui, elles, autorisent leur utilisation. La présence de ces dispositifs soulève de nombreuses problématiques environnementales :

  • En cas de dérive du dispositif hors des eaux polynésiennes, ils favorisent la pêche industrielle par des navires de très grande capacité, avec des risques avérés de surexploitation des ressources et, à terme, de mise en danger et d’extinction des espèces.
  • Ils attirent des poissons encore jeunes, qui ne sont pas en âge de se reproduire, présentant un vrai risque pour la survie des espèces en cas de capture de ces individus ou en cas de dérive hors de leur zone d’habitat propice.
  • Ils entraînent la capture accidentelle d’espèces protégées ou en danger, telles que les tortues marines ou les requins.
  • Ils s’échouent sur les récifs coralliens et les dégradent, ainsi que l’écosystème associé.
  • Le DCP en se dégradant libère des substances polluantes (composants électroniques, des piles, du PVC, des micro plastiques, etc.) qui constituent un vrai danger pour la faune et la flore marine, mais également pour les consommateurs de poisson qui seraient touchés indirectement par cette pollution, bio-accumulée dans la chair des poissons.
  • Ils présentent un risque pour la navigation
  • Ils sont source de pollution visuelle et peuvent avoir un impact négatif sur le tourisme.

Une gestion exemplaire des ressources maritimes

La Polynésie française est depuis longtemps investie dans la gestion raisonnée de ses ressources marines. Les ancêtres polynésiens avaient ainsi déjà mis en place des « rahui », c’est-à-dire des interdictions ou restrictions de pêche sur une durée ou une zone déterminée. Cette pratique perdure encore aujourd’hui, dans l’objectif de permettre aux ressources naturelles de se reconstituer et d’éviter ainsi leur surexploitation.

De nombreuses mesures assurent ainsi une gestion durable des ressources marines polynésiennes, notamment:

  • La pêche industrielle à la senne, c’est-à-dire au filet encerclant par les thoniers et autres grands navires de pêche, a été interdite en Polynésie française afin de protéger l’intégrité des milieux marins du territoire et d’assurer la durabilité de l’exploitation des ressources halieutiques.
  • Les mammifères marins, les requins et les tortues sont intégralement protégés par une réglementation stricte.
  • Le gouvernement ne délivre aucune autorisation de pêche pour tout navire étranger sur le territoire.

Rôle de la Direction des ressources marines

La Direction des ressources marines (DRM) joue un rôle crucial et sensible dans la gestion et la préservation des ressources marines de la Polynésie française. Elle représente le territoire au sein des organisations régionales de gestion de la pêche (ORGP), organismes internationaux chargés de surveiller et gérer les stocks des ressources halieutiques migratrices (ex : les thonidés) sur une zone géographique spécifique. À ce titre, la DRM défend les intérêts polynésiens face aux pays autorisant la pêche à la senne et l’usage des DCP dérivants.

La DRM réalise également une étude scientifique quant aux DCP dérivants et aux problématiques qu’ils engendrent sur le territoire. Au sein de cette étude, les scientifiques ont créé des modèles informatiques pour calculer divers paramètres comme les probabilités d’entrée de ces dispositifs dans la ZEE, leur probabilité d’échouage ou encore leur temps de dérive. Cette analyse permettra de mieux comprendre ce phénomène dévastateur, d’appuyer les prises de position polynésiennes au sein des ORGP, mais également d’envisager des mesures plus drastiques telles que l’obligation de récupération des DCP dérivants par les navires dont ils sont issus.

Récolte de données concernant les DCP dérivants

Dans le cadre du programme DCPech mené conjointement par la Direction des ressources marines (DRM), l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l’Université de la Polynésie française (UPF), vous pouvez remplir un questionnaire permettant de décrire, localiser et identifier les DCP dérivants que vous rencontrez.

Ces informations viendront en appui à l’étude scientifique sur les DCP dérivants, permettant notamment de faciliter l’élaboration de stratégies de récupération pour traitement de ces déchets de la pêche industrielle étrangère et les négociations au sein des ORGP. À terme, il s’agit de protéger le milieu marin polynésien ainsi que les activités de pêche artisanale et locale.

Programme d’ancrage de dispositifs de concentration de poissons (DCP)

Objectifs

L’objectif du programme DCP en Polynésie française était de reproduire ce phénomène de concentration d’espèces pélagiques autour de dispositifs artificiels ancrés en pleine mer. Initié en 1981 et entièrement financé par le Pays, le programme DCP est géré par le service en charge de la pêche (actuelle Direction des ressources marines) et a permis d’accompagner le développement de la flottille artisanale de pêche côtière dans la Société, largement composée d’embarcation motorisée de type « poti marara ».

En outre, les DCP sont souvent utilisés par les plaisanciers qui pratiquent la pêche de subsistance ou les concours de pêche, mais également par les compagnies charters de pêche sportive qui assurent une activité touristique de réputation mondiale.

Aujourd’hui, ce programme a été largement étendu aux archipels éloignés pour plusieurs raisons :

  • dans un souci de sécurité alimentaire, pour pallier à la raréfaction des ressources récifo-lagonaires mais également à la recrudescence de la ciguatera ;
  • dans un souci de sécurité, les pêcheurs se rendant sur le DCP de proximité à la sortie de la passe ou du quai du village, et couvert par le réseau GSM ;
  • dans un souci d’économie de carburant ne nécessitant plus de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour repérer les bancs de poissons, la ressource étant désormais à proximité.

Composition – Coût – Durée de vie

Un DCP est composé de 3 parties :

  • La partie émergée, constituée d’un chaînon de bouées, d’un mât et si possible d’un réflecteur radar, permettant la localisation du dispositif et le maintien du cordage.
  • Le cordage constitué de matériaux différents permettant de relier l’ensemble du dispositif.
  • Le lest de plusieurs centaines de kilogrammes, posé sur le fond, permettant de maintenir le DCP dans une zone géographique donnée.

En fonction de la profondeur, du site d’ancrage et des moyens disponibles sur place (unité ou barge mise à disposition par les coopératives de pêche ou municipalité), le coût du DCP varie entre 150 000 Fcfp et 800 000 Fcfp. De même, en fonction du civisme et du respect des utilisateurs, la durée de vie peut varier entre une semaine et 5 années.

Parc de DCP de la Polynésie française

Depuis la création du programme, 755 DCP ont été « officiellement » ancrés dans l’ensemble des archipels de la Polynésie française, dont 335 de type SPAR (premiers modèles relativement volumineux et couteux) et 420 de type Océan indien (modèles légers, économiques et plus facilement transportables et déployables).

Au 18/12/2020, 100 DCP sont actuellement en place et actifs, principalement dans les archipels de la Société, des Tuamotu de l’Ouest et du Centre, et des Marquises. Leur position géographique est consultable dans un fichier accessible sur le site internet de la DRM (http://www.ressources-marines.gov.pf/lesdcp/dcp/), qui est  systématiquement actualisé après chaque campagne d’ancrage de DCP.

Les restrictions liées à la Covid-19 n’ont pas permis d’ancrer des DCP aux Australes et dans le reste de l’archipel des Tuamotu-Gambier en 2020, et le parc de DCP correspondant devrait être prioritairement complété en 2021.

Transfert technologique et cofinancement du DCP

Un transfert technologique a pu être assuré entre la DRM et certaines coopératives de pêche côtière, qui ont réussi à assembler et ancrer les DCP in situ, préalablement expédiés par la DRM de Tahiti. Ces interventions nécessitent néanmoins la présence sur l’île d’une logistique adéquate pour permettre le transport du DCP sur le site de largage.

Parallèlement, certaines communes et coopératives de pêche ayant souhaité l’ancrage de DCP supplémentaires autour de leur île respective, ont participé au financement partiel du DCP, en l’occurrence le cordage principal qui peut être disponible localement. Il en ressort une meilleure gestion du parc par les utilisateurs concernés.

Essais et amélioration

Évoqué lors du colloque international des DCP en 2011, la DRM a procédé à l’ancrage de 5 DCP immergés (subsurface) afin de solutionner les ruptures prématurées causées par les évènements dépressionnaires ou cyclonique de surface, l’amarrage de bateau de pêche au DCP ou l’accrochage avec des goélettes et autres navires marchands.

4 DCP assemblés à partir de matériaux biosourcés (fibres de bananiers), ont été ancrés pour test visant à réduire l’utilisation de matériels produisant du microplastique. Toutefois, la validation du matériau doit être effectuée en termes de résistance aux éléments naturels, aux interventions anthropiques, à la facilité d‘utilisation et de manipulation et en termes de coût.

Enfin, pour permettre le suivi en temps réel des DCP ancrés en place, la DRM a installé depuis 2019, des radiobalises satellitaires permettant d’obtenir la position GPS des DCP en place. Certaines radiobalises sont équipées de sonar qui permettent de détecter et de diffuser la biomasse agrégée sous le dispositif à un temps donné et ce, jusqu’à 120 mètres de profondeur.

Les données ainsi recueillies, seront à terme relayées et consultables sur le portail Web de la DRM, permettant ainsi d’orienter les utilisateurs vers les DCP les plus actifs. Des affinements sont en cours afin de déterminer avec plus de précision les espèces agrégées au DCP, tels que bonites, thons jaunes ou autres mammifères marins.

En 2021, d’autres DCP seront équipés de capteurs utilisant le réseau LoraWan, testés en début d’année sur le DCP d’Atiha, ne nécessitant pas d’abonnement et de frais de communication satellitaire. Cette technologie présente néanmoins un inconvénient de taille, étant donné que cette technologie à une couverture limitée à l’instar du réseau GSM. Pour ce faire, la DRM devra être capable de réagir instantanément pour la récupération d’un DCP fraîchement rompu et éviter que le DCP ne dérive en dehors de cette zone de couverture.

Réglementation

L’arrêté n°1661/CM du 4 décembre 2000 relatif la protection des DCP réglemente les activités de pêche autour des DCP. Il est notamment interdit de pratiquer la pêche à la bouée et à la traîne dans un rayon de 100 mètres autour du DCP.

Afin de maintenir un parc permanent de DCP ancrés en place, il est important de rappeler le respect de la réglementation en vigueur et la bonne conduite à tenir à proximité des DCP. Un projet de modification de la réglementation actuelle est en cours de finalisation, et devrait prendre en considération les nouvelles techniques de pêche pratiquées (pêche de nuit, pêche à plus de 300 mètres de profondeur, pêche à la mitraillette et au jig, harponnage des bouées) impactant sérieusement la durée de vie du DCP.  Elle prévoit notamment :

  • L’interdiction de toute pêche dans un rayon de 100m autour du DCP et de certaines pratiques constatées (snorkeling, plongée extrême, compétition de voile,…) et ayant créé des interactions avec les pêcheurs sur zone,
  • L’augmentation du rayon d’interdiction de pêche autour du DCP, notamment pour les profondeurs de pêche supérieures à 300m,
  • L’identification de tous les engins de pêche dérivant à proximité,
  • L’obligation de détenir une VHF et de pouvoir contacter le propriétaire de l’engin de pêche s’approchant du DCP,
  • La possibilité des agents habilités de la DRM de retirer les lignes de pêche dérivant à proximité du DCP.

Veille technologique

Afin de trouver le meilleur compromis possible (fiabilité, longévité, coût, manipulation, transport), la DRM assure une veille technologique permanente qui a permis entre autre, d’élaborer à notre demande, des longueurs de cordage de plusieurs centaines voire milliers de mètres, évitant les épissures de connexion et permettant d’être plus réactifs dans l’organisation des interventions dans les îles.

Pour répondre à l’inquiétude des pêcheurs professionnels et en conformité avec la réglementation locale visant à protéger les mammifères marins, la DRM est à la recherche de  répulsifs « écologiques » pour lutter contre la déprédation. Il n’est pas rare que les appâts soient retirés avant d’atteindre la profondeur désirée ou que les petits thonidés se fassent capturer par les dauphins à la remontée.

Faiblesses du programme

Incivisme et inexpérience de certains utilisateurs

  • Mauvaise appréciation du courant et de la dérive des lignes de pêche ;
  • Utilisation massive de bouées de pêche et ne pouvant pas les gérer correctement en cas de changement de courant ou de mordage multiple.

Retour insuffisant des données de terrain

  • Peu de retour d’information du terrain auprès du service compétent, uniquement pour se plaindre lorsque le DCP a disparu et n’est pas remplacé ;
  • Peu de récupération des DCP cassés et à la dérive ;
  • Peu de coopérative ou pêcheurs impliqués dans la gestion du parc de DCP, notamment intervenant pour renforcer un DCP fragilisé ;
  • Peu de données relatives aux captures réalisées autour du DCP, permettant de déterminer l’efficacité ou l’utilité du DPC à des endroits particuliers.

Réglementation existante non respectée

Malgré les règles applicables par arrêté n°1661/CM du 4 décembre 2000 pour la protection du DCP, on déplore toujours :

  • la présence de lignes de pêche dérivantes dans le rayon des 100 m d’interdiction de pêche autour du DCP, qui se retrouvent accrochées au DCP en cas de changement brusque du courant ou mordages multiples,
  • l’amarrage d’embarcation sur les DCP par les pêcheurs de nuit,
  • le vol de mâts de signalisation permettant notamment aux goélettes de repérer au radar et d’éviter le DCP,
  • l’attache sur le DCP ancré, de DCP dérivants étrangers préalablement récupérés et remorqués à proximité,
  • et depuis un certain temps, l’harponnage des bouées de surface, à la place des Lobotes surinamensis (« tilapia du large »), constituant le chainon de flottaison de surface pour le maintien du dispositif à la surface.

Tous ces actes de vandalisme fragilisent le dispositif et peuvent avoir un impact non négligeable en cas de rupture prématurée du DCP que ce soit, sur la rentabilité de certaines activités professionnelles qui en dépendent, telles que la pêche artisanale côtière et la pêche sportive en charter, mais également sur d’autres activités telles que la pêche de subsistance et de plaisance non subventionnée, ou la pêche associative (concours de pêche).